Halage au cheval

Qu’est-ce que c’est ?

Avant qu’ils ne soient détrônés par le moteur diésel. Chevaux, mules et ânes « de tirage » (plus rarement des bœufs) ont pendant plusieurs siècles déplacé de lourdes embarcations le long des chemins de halage qui bordent nos voies d’eau.

En France, fleuves et rivières furent en effet appelés a jouer de très bonne heure un rôle considérable dans la vie sociale et économique du pays, où la navigation prit rapidement un essor considérable. Ils se prêtaient en effet admirablement à l’organisation des transports de marchandises, alors que les routes de terre n’existaient qu’à l’état rudimentaire.

De nombreux canaux seront ensuite creusés, unissant entre elles ces voies d’eau pour parfaire le système de navigation ébauché par la nature.

Le mât de halage (en principe utilisé en rivière), fortement haubané, mesure de 2 m à 2,50 m. Il est généralement situé entre le tiers avant et le centre géométrique du bateau.

Le mât de halage (en principe utilisé en rivière), fortement haubané, mesure de 2 m à 2,50 m. Il est généralement situé entre le tiers avant et le centre géométrique du bateau.

Un peu d’histoire

Particulièrement économique, le halage à col d’homme restera en usage jusqu’à la fin du XIXe siècle, après la réalisation du programme Freycinet (loi du 5 août 1879), qui entraina une mise au gabarit des écluses permettant la navigation de bateaux de 250 à 300 tonnes (ce type de péniche, déplacé à la vitesse de 700 à 800 mètres par heure par un homme seul, était déplacé à la vitesse de d’un peu plus de 2 km/h par une paire de chevaux).

A titre de comparaison, les « berrichons », qui naviguaient sur le canal du Berry, le canal d’Orléans et la Loire, portaient 70 à 80 tonnes pour 28 à 30 m de long. Leur halage était effectué par deux hommes, par des femmes ou même des enfants et souvent par des ânes…

En application des dispositions d’un décret de 1875, le halage à la bricole sera cependant interdit par les préfets sur la plupart des canaux.

Le harnois des chevaux de tirage, tel qu’il est représenté dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert publié dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, est peu différent de celui qui est décrit par Jean-Jacques Marquart, qui a recueilli en 2002 dans la région de Toul le témoignage d’un marinier en retraite : « Les chevaux sont équipés d’un harnais particulier comportant généralement une bride avec œillères, un mors droit, des rênes, un collier avec des attelles en bois de type « centre de la France » ou de type flamand, de marque Beljantoine fabriqué à Reims, parfois, pour le cheval marchant à la rive, une large sellette genre bâtine, capable de recevoir un cavalier assis de coté, une croupière avec un culeron et deux barres de fesse portant des traits longs en corde avec palonniers et balance […]. Pour un cheval seul halant une flûte, des traits courts en corde fixés à un palonnier porté très haut sous la queue, appelé bat-cul, une toile cirée fixée au collier, qu’on déroule quand il pleut ou qu’il neige, contre une attelle du collier, un couteau dans sa gaine, servant à couper la corde ou les traits en cas de danger, une corde, dite tirage, de 50 à 60 m en canaux, dite maillette, de 100 à 120 m en rivière, accrochée en haut du mât. L’ensemble du harnais est décoré de nombreux clous, rivets, plaques et grelots de cuivre, de pompons rouges. »

Les chevaux vont habituellement par courbes, c’est à dire réunis deux à deux sous la conduite d’un charretier.

Dans son Cours de navigation intérieure de l’École nationale des ponts et chaussées, publié en 1899, De Mas les divise en trois catégories : ceux qui appartiennent au batelier et sont logés à bord ; ceux qui sont loués par des charretiers ou des cultivateurs auxquels on donne le nom de haleurs aux longs-jours et font avec le même bateau un certain nombre d’étapes ; ceux, enfin, qui sont groupés en relais organisés, soit par des industriels, soit par l’État ou ses ayants droit.

Suivant les auteurs et les voies d’eau parcourues, la valeur moyenne de cheminement varie de 8 à 12 km/jour (0,50 m/seconde en pleine marche) pour le halage a bras d’un bateau portant de 80 à 150 tonnes (le halage mixte par un homme et par un âne logé à bord, en usage pour de petits bateaux sur le canal du Berry, augmentait ce cheminement de 2 ou 3 kilomètres), 20 à 30 km/jour (1 m/seconde) pour le halage par chevaux d’un bateau portant de 100 à 275 tonnes (35 à 40 km pour le halage accéléré par deux chevaux avec relais de jour et de nuit), et de 48 à 60 km/jour (4 à 6 km/heure suivant la charge) pour les services à vapeur de jour et de nuit.

Le halage au cheval, aujourd’hui

© E. Rousseaux - YPREMA

© E. Rousseaux – YPREMA

En Seine et Marne la traction hippomobile fluviale a été remise au goût du jour par Yprema. Créée en 1989, la société YPREMA sélectionne, transforme et valorise des matériaux de déconstruction et des mâchefers d’incinération d’ordures ménagères.

Depuis octobre 2004, après avoir convaincu le Port autonome de Paris, propriétaire des berges, de réaménager le chemin de halage pour en faciliter la traction, les produits de l’usine d’incinération de Saint Thibaut Les Vignes à destination du site francilien d’Yprema (valorisation de mâchefers) empruntent une barge tractée par deux chevaux Trait breton.

Construite en aluminium recyclé, la péniche Yprema, baptisée Rosily, mesure 20 m de long et 4.5 de large, elle peut transporter jusqu’à 80 tonnes de mâchefer. Tractée par les 2 chevaux, le trajet le long de la berge dure de 10 à 15 minutes, à une vitesse de 5 à 6 km/h suivant la force du vent et du courant.

Deux fois par jour, cinq jours par semaine, l’initiative a permis la suppression de sept camions quotidiens, la réduction des nuisances sonores, des émissions polluantes ainsi que du risque d’accident. Cette démarche, qui s’inscrit dans un projet d’écologie industrielle, a permis la création d’un parc industriel en boucle fermée sur les bords de la Marne.

Dans son guide Mettre en œuvre une démarche d’écologie industrielle sur un parc d’activités, l’Orée nous confirme l’intérêt environnemental de l’ensemble du dispositif : le transport fluvial des mâchefers du Sietrem (35 000 tonnes/an) permet une économie de 1350 trajets de camions de 25 tonnes. De plus, le trafic des eaux d’égouttures va supprimer les trajets en camion-citerne. L’ensemble du système permet de supprimer, en moyenne, le passage de sept camions par jour, soit une réduction de 56 t/an éq. CO2 émis.

Pour le confort des chevaux, deux moteurs auxiliaires sont utilisés pour décoller la péniche du quai afin qu’ils « rentrent » en douceur dans leur collier. Pour prévenir toutes tares imputables à une traction en oblique, les deux bretons font l’objet de toutes les attentions et travaillent sur des exercices correctifs en longe, en longues rênes, attelés ou bien montés. Ils sont hébergés à la base de loisirs de l’UCPA de Torcy.

Halage dans le port de Vanne lors de la Fête des « Mille Sabots en Pays Vannetais », vous pourrez assister, au halage du célèbre Sinago (petit bateau à voile, caractéristique du port de Séné).

© Collection Le Domaine du Moulin

© Collection Le Domaine du Moulin

L’Hirondelle, en Pays de la Loire, bateau promenade-restaurant, avec démonstration de halage. Long de 26m et large de 5m, l’Hirondelle navigue selon votre choix sur la Mayenne, la Maine à Angers et, depuis l’an 2000, sur la Loire jusqu’à l’île de Béhuard.

Sur le Canal de l’Ourcq, des croisières commentées, avec un tronçon en traction animale d’une heure environ, y sont proposées au départ du Bassin de la Villette, à Paris, par l’entreprise Canauxrama, pour des voyages en groupe, tous les weekends en juillet et en aout.

En 2011, les responsables du Rendez-vous de l’Erdre en Pays de la Loire (rendez-vous annuel qui mêle jazz et belle plaisance sur les quais de Versailles à Nantes) ont organisé avec une ferme aux ânes (Aux ânes…etc…) un prologue. Pour l’occasion, 5 Bélougas (petit yacht à voiles) ont été halés entre Redon et Nort-sur-Erdre par des ânes

Lors du Festival de Loire organisé tous les deux ans à Orléans, des démonstrations de halage de bateaux par des chevaux Ardennais étaient proposées chaque jour. A voir également l’embarquement des chevaux sur le Chêne rossignol, un « passe-cheval », conçu pour les transports d’animaux sur le fleuve.

Le Modèle anglo-saxon : Cette formule n’a malheureusement pas encore trouvé en France la place qu’elle mérite, et le temps dédié au halage dans les quelques croisières qui en font usage est encore très faible ; nos animaux ont en effet une capacité de travail sensiblement supérieure à ce qui leur est demandé, sachant qu’il est toujours possible de s’adjoindre les services d’un petit moteur auxiliaire pour les passages difficiles.

Problème de culture ?

© Mike Fascione - Sur la partie médiane du canal de Montgomery à l’est du Pays de Galle, les croisières en horseboat proposées aux touristes remportent un franc succès

© Mike Fascione – Sur la partie médiane du canal de Montgomery à l’est du Pays de Galle, les croisières en horseboat proposées aux touristes remportent un franc succès.

En Grande-Bretagne, la Horseboating society, créée en 2001, forte d’un millier d’adhérents, organise chaque année de nombreux évènements autour du halage aux chevaux. Elle agit pour la conservation des savoir-faire liés à cette pratique, la formation des meneurs et des chevaux, l’entretien, la restauration et l’utilisation des voies navigables par les bateaux tirés par des chevaux, la préservation, la restauration et l’entretien des différents types d’embarcations tractés par des chevaux, l’éducation du public, etc. Une demi-douzaine d’entreprises proposent par ailleurs des excursions en horseboat sur les différentes voies d’eau du pays.

De l’autre côté de l’Atlantique, aux USA, de nombreuses prestations de ce type sont également proposées au public. Contrairement à la Grande-Bretagne où la traction se fait quasi exclusivement avec des chevaux, aux USA, se sont très souvent de grandes mules issues du croisement entre le Mammoth Jack et une jument Belgian que les promoteurs du horseboating utilisent pour cette activité…

 

Sources : Sabots Magasine N° 52 & 54, Éric Rousseaux, Sur les chemins de halage. Guide l’Orée, Mettre en œuvre une démarche d’écologie industrielle sur un parc d’activités (“On the Towpath” L’Orée Guide, “Putting in Place an Industrial ecology Approach in an Industrial Park” by Eric Rousseaux)

En savoir plus sur : Halage au cheval

En savoir plus http://blog.yprema.fr/machefer-a-cheval/ http://domaine-moulin.fr/Hirondelle.php Vidéo https://www.youtube.com/watch?v=xqzaQhr_T8U http://www.dailymotion.com/video/xlas48_festival-de-loire-2011-halage-des-bateaux-par-des-chevaux-ardennais_news